père et filsLe repos n’est pas de ne rien faire, d’être en « vacances » ! Le repos est davantage cet état intérieur que produit le fait de s’être dégagé des non-dits enfouis au fond de soi qui consument tant d’énergie ! C’est l’expérience d’une parole qui se libère autant dans la relation à Dieu qu’au sein des relations interpersonnelles ou intergénérationnelles.

En visite dans une église de Cracovie en Pologne durant les vacances de Pâques, j’ai été touché par un alignement de personnes de tous âges, assises sur un banc, serrées les unes contre les autres dans l’attente de se présenter à l’oreille du prêtre qui se tenait là, immobile, une main posée sur le rebord de l’ouverture de son confessionnal ! Interpellé par cette scène, je me demandais ce qui motivait ces personnes à s’entretenir avec ce prêtre dans un lieu si sombre et froid ? Etait-ce l’ obligation de la confession ou l’expression d’un besoin plus profond ? Pourquoi se « confesser » c’est-à-dire déclarer ou avouer un péché devant un prêtre (confession privée) ou devant les autres fidèles (confession publique) pour recevoir un pardon ? Pourquoi le processus de libération passerait par l’importance d’une parole qui se dit ou qui dévoile ce qui se cache dans les coins sombres de notre pâte humaine !

Le roi David exprimait déjà les méfaits des secrets intérieurs : « Tant que je me taisais, mon corps dépérissait, je gémissais toute la journée, ma vigueur avait fait place à la sécheresse de l’été. Je t’ai fait connaître mon péché, je n’ai pas caché ma faute. J’ai dit : j’avouerai mes transgressions à l’Eternel et tu as pardonné mon péché » Ps 32.

Lorsque la parole se dit, il s’en suit des changements profonds : « Heureux, c’est-à-dire en marche, en progrès... celui dont la transgression est enlevée ! » Ps 32 :1-2 Les non-dits paralysent la vie alors que la parole exprimée remet l’être humain en mouvement, en progression !

Ceci se vérifie aussi dans d’autres situations : combien d’atrocités vécues lors des guerres, ou des secrets de familles qui ont stagné comme des poids occultes passant d’une génération à l’autre enfermant ses victimes sous des jougs pesant...jusqu’au jour où l’un de ses dépositaires ose mettre en lumière ce qui était caché.

Boris Cyrulnik écrit en ce sens : « Quand traumatisé, rendu muet, on ne peut plus élaborer son trauma, lui donner un sens, le rendre cohérent, partageable, on se sent seul au monde de ne rien pouvoir dire ! » (tiré du livre : dans la nuit, j’écrirai des soleils).

Une personne accompagnée écrivait ces quelques lignes après avoir pu exprimer pour la 1ère fois les souffrances de son enfance, faute d’avoir pu trouver auparavant des vis-à-vis qui donnaient du poids à ses paroles :

« Avec les quelques jours de recul, je sens déjà les effets bénéfiques de la démarche effectuée. Au fond de moi, j'essaie de me tenir autant que possible à ce que j'ai écrit et déposé chez vous. Merci beaucoup ! »

Nous désirons dans notre ministère à La Barque offrir un lieu où la parole est accueillie, validée au sein d’un cadre de sécurité et de non-jugement qui permet d’oser l’authenticité ! Dans nombres d’entretiens où la souffrance est dite, le mal dénoncé, la faute confessée, nous avons le privilège d’être des vis-à-vis qui offrent le cadeau d’une oreille attentive ainsi que le don d’une parole adéquate que nous pouvons faire entendre de la part du Dieu qui guérit et libère de tant de misère ! A l’exemple de celle prononcée par l’ange à Josué le grand-prêtre : « Regarde, je t’enlève tes habits sales et je te mets des habits de fête », c’est-à-dire des habits qui t’équipe, te fortifie, te vivifie et te donne les armes nécessaires (selon les significations du verbe dont le mot « fête » est tiré !  (Zacharie 3:4). N’est-ce pas une bénédiction formidable ?

« Vous tous qui êtes fatigués et courbés sous un fardeau… parlez-en ….vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendre libres » Matth 11 :28 et Jean 8 :32

Gilbert Cretegny